JACQUES ATTALI


Je ne sais comment lire Druillet.

Depuis longtemps ses livres ont fasciné mes heures.
On les feuillette, on les retourne, on regarde les plus infimes détails d'un dessin.
Puis on revient au texte en apparence secondaire au regard de la magique imagination, de la méticuleuse fantaisie, de la délirante précision du graphisme, des couleurs et des formes.

Aujourd'hui Druillet rencontre Flaubert et, comme lui, se sert de l'histoire pour méditer sur notre temps. Flaubert avait pris le prétexte de cette étrange guerre pour méditer sur la décadence des cultures, pour nous donner en contrepoint accés à la magie des mots.
Druillet fait de même en renversant tout.
La liberté change de camp, elle est chez les barbares. le temps change de sens, c'est du futur que viennent les envahisseurs.

En cela, il parle à notre temps, c'est de nos villes qu'il décrit les angoisses, de nos errances qu'il annonce les avénements.
Narr'havas et Matho portent nos rébellions et nos tendresses, nos violences et nos ambitions.
Puisse le siége de Carthage annoncer la libération de nos rêves.

Jacques ATTALI