GUY BEART |
Un jeune homme à lunettes, aux vingt ans timides et doux, bien que superbement barraqué, qui ressemble curoeusement à l'avatar de Superman en citoyen anonyme, m'aborde dans la nuit et les filaments lumineux de ma Bienvenue l'acceuillent autour de Jacques Bergier. Je venais d'écrire Le Grand Chambardement, Etoiles garde-à-vous et les Collines d'acier, et pourtant les gouaches et les peintures à l'huile du figurant silencieux me frappent de plein arc. Dès ma première enfance, j'ai collé sur le liège de ma chambre les rêves fous de la tendre Camille capturée par le Ming diabolique. Quels que soient les mariages avec les peintures messianiques de l'arc-en-ciel, ces périodes bleues et verts fulgures de l'album La Nuit, ces périodes rouges de Gail, de Salammbô, lui confèrent une place à part dans l'art d'aujourd'hui, un art déco nouveau, celui de l'espace-temps qui, sans bouger, tourbillonne. Partout, du Quartier-Latin aux jardins du Louvre, de Bruges à Berlin, New-York, Hollywood et Tokyo, ces sortilèges au gothique flamboyant du troisième millénaire ont été créés par un Français de Toulouse, Hollandais-Volant du quinzième au trentième siècle, architecte de la démesure. Depusi l'album de Losfeld, vint ans d'exposition, d'illustrations, d'affiches de cinéma ont préservé l'immuabilité de sa violence colorée, de son trait corrosif et dense. En moi, c'est-à-dire nous, le rayonnement de ces ténèbres foisonnantes ne cessent de grandir. Guy BEART |