ENKI BILAL


Comment évoquer en peu de mots l'art démesuré de Philippe Druillet ?

Quand je parle de démesure, c'est au sens spatial, sans barrières, sans limites, car on est d'emblée dans quelque chose qui relève d'une cosmologie hors norme.

Son intrusion dans les pages du magazine Pilote, il y a de lointaines années de cela, en est l'exemple imparable.
De plates, banalement imprimées, ces pages sont devenus des gouffres sans fond, des espaces sans bords.
Je n'oublierai jamais l'état de sidération que j'ai éprouvé ce jour-là.

Depuis, qu'il soit dessiné, peint ou sculpté, l'art de Druillet obsède.
L'énumération des domaines explorés avec la violente générosité qui caractérise l'homme et l'artiste n'aurait pas de sens.

Ce qui obsède, je redis le terme, c'est le sentiment qu'il donne à voir, à travers un futur paradoxal fait de grandes références (Flaubert, par exemple), la face sombre, désespérée, d'une âme humaine qui aurait traversé les contrées les plus extrêmes d'une archéologie totalement imaginaire.

Comme s'il avait déjà oeuvré dans d'autres temps et d'autres lieux inconnus de nous : une dimension démesurée en quelque sorte.

A l'image de l'admiration et de l'amitié qu'il m'inspire.

Enki BILAL